La peur, une prison

J’ai peur de sa main tendue
Qui m’appelle vers l'inconnu
L’inconnu de l’amour…
Parce que j’ai peur du vide qui est en moi
De ma pauvreté
Et du rappel de ma propre mort
J’ai peur de moi-même
Je ferme mon cœur
Un bloc de ciment
Me coupe de toi
Mon frère, ma sœur,
Désespéré
Tu es dans une prison de désespoir et de tristesse
Moi aussi, je suis emprisonnée mes barreaux sont mes soi-disant amis,
Mon groupe social, ma culture, mes habitudes,
Ma profession
Je suis « comme il faut »
Des barreaux que j’ai scellés un à un
Pour ne pas te voir, mon frère, ma sœur
Car ta présence,
Cachée dans la misère,
Me rappelle…
(…)
Jean Vanier

Un jour, le manteau de plomb de la peur et de la colère s’est soulevé.

Peu à Peu.

Elles faisaient tellement partie de moi, depuis toujours, que je ne les voyais pas, ne les sentaient plus.

J’étais dans le train, la paysage défilait sous mes yeux.

Je me suis sentie bien, comme une personne bien.

Tout le reste n’avait plus d’importance.

Je sentais mon cœur battre, je sentais mon corps, sa densité,

Une pesanteur agréable m’enveloppait de complétude

Je me suis sentie juste exister, comme si jusqu’à ce moment je n’avais été qu’un fantôme errant, se protégeant de ses peurs.

Toutes les pièces de mon être étaient ordonnées, comme si une clé avait ôté ce manteau et que tout mon être, jambes, bras, cœur et esprit ne faisaient qu’un.

Même blessée, abimée, fragile, j’étais à même d’exister d’offrir une oreille attentive à qui a bien voulu me confier ses plus grandes fragilités.

Une confiance immense m’a envahie.

J’ai eu le sentiment que rien de grave ne pourra jamais m’arriver.

Ma vie avait été vécu derrière ses barreaux de fer, la cage venait de s’ouvrir.

Je n’allais pas loin certes, mais j’ai gouté ce sentiment de liberté : la confiance totale. Non parce que j’avais prévu, tout organisé, pour contrôler tous les aléas. Mais simplement la confiance que mon existence était juste et bonne.

Parfois, je retourne dans ma prison, derrière mes barreaux, me cacher. Suis-je à l’abri ? Je suis enfermée. Mais je demeure prête à sortir